dimanche 6 mars 2016

T'as un briquet ? (interlude)

Il y a des soirs comme ça où seul, chez toi, toi qu'est fumeur, tu t'assois dans le silence et tu contemples le vide. Tu fais tout pour trouver un semblant d'ordre dans ce chaos qui t'entoure. Cette absurdité de la vie que tu as tant ignoré te rattrape, et comme la vérité, elle se tient droite, froide, elle te regarde dans les yeux et te rappelle que tu n'es rien qu'une petite merde qui traîne des idéaux et s'invente un prestige. Tu es frustré, tu te fais chier, depuis 22 ans maintenant tu cours derrière une vie qu'on t'a promis et ces bâtards, encore une fois, ne sont jamais venus. Alors tu poireautes un peu, tu fais semblant d'écrire un message, et avant même que tu réalises, la nuit tombée, tu traînes ce qui a jadis été ta joie dans ce trou où tu habites et tu dégueules tout sur un papier, parce que c'est ça ta thérapie, ton petit moment de paix. Eux les autres, ils ne comprennent pas, ils comprendront jamais, toi tu le sais, pas eux. Mais tu le dis pas, parce que souvent c'est mieux de fermer sa gueule, c'est ce que ton père t'a appris, et ton père n'a jamais tord. Tu peux écrire un livre comme ça, tu peux aller pendant des heures, des pavés qui font des pages puis deviennent des chapitres, et un moment t'en a marre, alors tu mets un point et tu dis que c'est la fin. Un peu comme ici, tu expliques pas, tu te barres set c'est tout. Sinon t'as un briquet ?