Des fois je me dis que... J'aurai pu être quelqu'un d'autre. Vivre une autre vie, connaître d’autres gens, emprunter différents sentiers et me dire que je suis vivant tout autant. Mais on ne change pas de vie comme on change de vêtements. On ne change pas ce qu’on est, encore moins ce qu’on sera. On grandit dans nos combats et picétou. Le reste du temps, on s’adapte comme s'adapte une gazelle à son destin d'éternelle proie. Pourtant, nous sommes tous les proies des uns des autres. Nous sommes tous des petits pions perdus, sans conscience, qui cherchent un semblant de bonheur dans le fond d’un verre de Whisky ou les 11 minutes d’un coït mort-né sans goût ni honneur.
J’écris la nuit pour puiser dans le noir. J'écris pour que vous puissiez jamais me voir. J'écris quand vous dormez. J'écris l'hypocrisie ou vous grandissez, l'aveuglement et la peur qui vous ligotent. J'écris nos destins communs dans des phrases sanglantes et notre tristesse commune dans des mots déchirés sans âmes. J'écris l'allégresse d'un célibataire amoureux. Je m'écris.
Mes soirs se ressemblent. La même souffrance, les mêmes scènes, les mêmes questions pérennes qui reviennent inlassablement hanter la beauté de mon silence, ma seule mélodie du bonheur.
Et en plus de tout ça, je suis obligé de me lever chaque matin pour aller écouter des ratés qui ont finit profs parce qu'ils ne sont bons que dans les amphis ou sur les pavés de la fac, à essayer de nous faire croire qu'ils dessinent le monde. Souvenirs d'un mensonge plus vieux que le trottoir de mon quartier.
Excusez ma haine, je ne suis qu'un petit con de plus qui croit détenir la vérité.
Des fois je me dis que je ferais mieux de me taire à jamais, de pleurer dans mon silence et étouffer mon euphorie avant qu'elle m'emporte.
Des fois je me dis aussi que tout cela ne sert à rien, qu'on court toute une vie pour un moment qu'on ne vivra jamais.
Toutes ces notifications radinent sur mon phone, tous ces livres qui s'entassent dans ma chambre, tous ses artistes qui chantent leurs peines et que j'écoute avec sentiments, tous ces jeunes gens qui rentrent dans ma vie par des portes et sortent par d'autres, à en croire un long couloir interminable. Rien n'a de sens !
Toutes ces conversations qui se répètent mots pour mots dans les bars après minuit. Tous ces gens bourrés qui longent les pavés. Toutes ces femmes infidèles suspendues à leurs talons et tous ces hommes sans avenir accoudés au comptoir, accrochés à leurs carafes vides comme pour décrire ce qu'ils sont. Toutes ses serveuses maquillées comme un tableau de Van Gogh répétant les mêmes manies à l'espoir d'un meilleur pourboire. Tous ses verres qui circulent, toute cette euphorie, tout cet éclatement... Rien n'a de sens !
J'écris à trois heures du matin comme pour me cacher de vous. J'écris la tête lessivée au long de la journée à la lumières de ce qui est réel.
Et puis au final, je me dis que chacun court à son rythme. Que chacun se perd volontairement pour mieux se retrouver. Les uns dans leurs cours, les autres sur d'autres terrains. Moi, j'observe de loin toute cette foule, au souvenir d'un spectacle humain d'une beauté sans pareil et je me dis que finalement, c'est tant mieux pour moi mais surtout pour les autres.